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      Le Curé d’Ars et l’Eucharistie

Le Curé d’Ars et l’Eucharistie

Article publié en novembre 2003 dans les Annales d’Ars (n° 287) par le Père Philippe Caratgé, Modérateur de la Société Jean-Marie Vianney.


Introduction

1. Il est bien connu que l’Eucharistie, et particulièrement la présence eucharistique, était au centre de la vie et du ministère du Curé d’Ars (comme elle est appelée à l’être sans doute pour tout prêtre) ; il est bien connu aussi qu’il avait fait de son église le lieu privilégié de sa prière, le point de départ de son activité apostolique et missionnaire avant d’en être prisonnier par les pèlerins qui, nombreux, voulaient le rencontrer ; cette église faite de pierres et de briques, centre visible de la vie et de l’unité de la paroisse, devenait le lieu de la Présence, le lieu privilégié de la rencontre avec Dieu. Mais que se passait-il dans ce sanctuaire et en son cœur ? Quelles sont les intuitions de fond qu’illustrent la vie et le ministère de Jean-Marie Vianney ? Il s’agit ici de comprendre comment le saint Curé d’Ars a vécu et compris le lien essentiel entre le sacrement de l’Eucharistie et la nature du sacerdoce, tant du point de vue de sa mission que de sa spiritualité. Nous le ferons autour de cinq variations.

2. Concernant les sources, nous n’avons que peu de choses de première main ; un certain nombre d’auditeurs et de témoins ont consigné par écrit les catéchismes et des morceaux d’homélies quand celui-ci prêchait. L’abbé Monnin a utilisé ces manuscrits et en a résumé le cœur, non sans retouches(1), dans ses deux ouvrages principaux : le premier est la biographie (2) écrite très vite après la mort du Curé d’Ars, en 1861 ; et le deuxième est le petit opuscule "Esprit du Curé d’Ars..."(3), publié en 1864. Ces deux ouvrages, complétés par les dépositions de témoins, constituent un certain nombre de "citations" qui ont été rassemblées dans le fameux livre du Père Nodet(4) ; certaines sont reprises pour notre exposé, et sont donc à utiliser avec prudence.

A) La hantise du Salut

Si l’on doit revenir au fondement de toute la vie de Jean-Marie Vianney, on doit reprendre sa vocation et son enseignement tels qu’il les a lui-même définis, c’est-à-dire dans la perspective du Salut.

Tel est bien le cœur de la Vocation du Curé d’Ars, si bien exprimée par le Pape Jean-Paul II en 1986 : « C’est pour leur salut (des âmes) que le Curé d’Ars a voulu être prêtre. "Gagner des âmes au Bon Dieu", déclarait-il en annonçant sa vocation, à dix-huit ans, comme saint Paul disait : "Gagner le plus grand nombre" (1 Co 9,19). C’est pour cela que Jean-Marie Vianney s’est dépensé jusqu’à l’épuisement, pour cela qu’il acceptait de faire pénitence, comme pour arracher à Dieu les grâces de conversion. Pour leur salut, il craignait, il pleurait. Et lorsqu’il était tenté de fuir sa lourde charge de curé, il revenait, pour le salut des paroissiens... »(5).

Oui, c’est bien le salut de l’homme qui est en jeu. Ce salut qui se réalise en une communion d’amour qui relève et purifie : « O mon Dieu ! Mon Dieu, que vous nous avez aimés !!! »(6) s’exclame le saint Curé. « Le Bon Dieu nous a créés et mis au monde parce qu’il nous aime ; il veut nous sauver parce qu’il nous aime... Pour se sauver, il faut connaître, aimer et servir Dieu. O belle vie !... Qu’il est beau, qu’il est grand de connaître, d’aimer et de servir Dieu ! Nous n’avons que cela à faire en ce monde ! »(7).

Cette perspective de salut éclaire la vocation des prêtres à qui sont confiées les âmes : « Notre mission (à nous prêtres), est une mission de salut... À la suite des apôtres, nous sommes associés d’une façon particulière à son œuvre de salut, pour la rendre présente et efficiente(8) partout dans le monde »(9), nous rappelait encore Jean-Paul II ; et il poursuivait en citant le Curé d’Ars : « Sans le prêtre, la mort et la passion de Notre-Seigneur ne serviraient de rien. C’est le prêtre qui continue l’œuvre de la Rédemption sur la terre »(10).

En fait, il y a là deux citations conjointes du Curé d’Ars. La première vient du Père Monnin qui transcrit : « Sans le prêtre, la mort et la passion de Notre-Seigneur ne serviraient de rien. Voyez les peuples sauvages : à quoi leur a-t-il servi que Notre-Seigneur fût mort ? Hélas ! Ils ne pourront pas avoir part au bienfait de la Rédemption, tant qu’ils n’auront pas des prêtres pour leur faire l’application de son sang »(11) ; et la deuxième, qui vient de la Voix du Bon Pasteur, exprime bien l’actualisation du mystère du salut : « C’est le prêtre qui continue l’œuvre de la Rédemption sur la terre. »

Le texte de Jean-Paul II rend bien compte de ce qu’a vécu le Curé d’Ars : non seulement le prêtre rend présents et accessibles les moyens du salut, mais il est aussi associé à cette œuvre comme pasteur des âmes uni à l’offrande de l’Unique Pasteur. Autrement dit, il n’est pas seulement instrument du Christ, mais il participe à cette œuvre comme pasteur qui prend au sérieux sa responsabilité pastorale en donnant sa vie pour ses brebis. « Précisément, nous voyons dans le Curé d’Ars un prêtre qui ne s’est pas contenté d’accomplir extérieurement les gestes de la Rédemption ; il y a participé dans son être, dans son amour du Christ, dans sa prière constante, dans l’offrande de ses épreuves ou ses mortifications volontaires... »(12).

Bien sûr, ce n’est pas tant souffrir pour le salut qui faisait peur au saint Curé, mais d’avoir à répondre du salut de chacun : « Je ne suis pas fâché d’être prêtre pour dire la Sainte Messe, mais je ne voudrais pas être curé, j’en suis fâché »(13) ; ou encore : « Je me lèverais bien toujours à minuit ! Ce n’est pas la fatigue qui m’effraie ; je serais le plus heureux des prêtres, si ce n’était pas cette pensée qu’il faut paraître au tribunal de Dieu comme curé ! »(14) ; C’est pourtant bien cette peine offerte qui sera source de fécondité. C’est sa croix, accueillie et donnée, portée avec le Christ, qui le rendra conforme à son Maître. Monseigneur Ancel, lors du centenaire de la mort du saint Curé, écrivait : « Parfois, la responsabilité des paroisses, des œuvres et des mouvements est exercée d’une façon trop humaine et on ne pense pas assez que l’on est responsable, devant Dieu, de chaque personne qui nous est confiée par l’Église. Nous nous donnons avec énergie et générosité à de nombreuses activités, mais avons-nous assez le souci de sauver les personnes ? Un signe : quelle place donnons-nous à la souffrance et à la croix dans notre vie ? Ce n’est pas l’action, mais la passion qui sauve »(15).

Ne sommes-nous pas au cœur du mystère de l’Eucharistie, et même d’une spiritualité sacerdotale nourrie du mystère eucharistique, celle qui a animé toute la vie de celui qui a été déclaré patron de tous les curés du monde en 1929 ? « Conscient de sa pauvreté, l’abbé Jean-Marie Vianney n’a que la ressource de regarder du côté de la croix : si Jésus a sauvé le monde par sa croix, le curé montera avec Jésus sur la croix pour sauver sa paroisse. Comment convertir une paroisse ? Comment rendre compte aux paroissiens que Jésus est mort pour eux, pour leur salut ? Il fallait que le prêtre leur présente Jésus souffrant et donnant sa vie pour eux. Comment faire ? Le seul moyen : être lui-même l’aujourd’hui de Jésus se livrant à son peuple... On ne peut expliquer autrement toutes les ascèses qu’il endura : une communion au Christ en croix pour sauver les siens »(16).

B) De la conversion à la communion

Le Salut de l’homme. S’il est vrai, comme le note le Père André Ravier, que le mouvement vital qui a animé Jean-Marie Vianney, le centre intime d’où s’est élancé toute son activité a été sa foi dans la vocation divine de l’homme, et ce avant même sa foi dans la grandeur du Sacerdoce(17) qui en découle, nous comprenons bien que le cœur de sa pastorale a été l’arrachement du péché pour vivre de l’Amour de Dieu : « Être aimé de Dieu, être uni à Dieu... Vivre en la présence de Dieu, vivre pour Dieu. O belle vie... Et belle mort... Tout sous les yeux de Dieu, tout avec Dieu, tout pour plaire à Dieu... Oh ! Que c’est beau ! »(18).

Dans un raccourci quelque peu rapide, nous comprenons alors que l’apostolat de Jean-Marie Vianney visait tout un chemin de sainteté et d’amour de Dieu bien défini : il s’agit, par la prédication et la grâce de Dieu, de passer de la tiédeur à la conversion ; passer de la conversion à la confession générale ; passer de la confession à la communion : « C’est à l’Eucharistie que Jean-Marie Vianney voulait conduire ses fidèles repentis »(19). Il disait lui-même : « Toutes les prières de la messe sont une préparation à la communion ; et toute la vie d’un chrétien doit être une préparation à cette grande action »(20).

Or cette communion se déploie d’une triple façon : dans l’union au sacrifice du Christ, par la prière et l’adoration devant Jésus-Eucharistie, et par la communion eucharistique au sacrement de l’Amour. Le prêtre permet cette communion, il en est le Serviteur : « Si nous n’avions pas le sacrement de l’ordre, nous n’aurions pas Notre-Seigneur. Qui est-ce qui l’a mis là, dans le tabernacle ? Le prêtre. Qui est-ce qui a reçu notre âme à son entrée dans la vie ? Le prêtre. Qui la nourrit pour lui donner la force de faire son pèlerinage ? Qui la préparera à paraître devant Dieu, en lavant cette âme une dernière fois dans le sang de Jésus-Christ ? Le prêtre, toujours le prêtre... »(21).

C) Le prêtre et le sacrifice eucharistique

Toute la vie du Curé d’Ars est eucharistique au sens où il vit au quotidien la grâce reçue dans la communion à l’unique Sauveur. Notons dès à présent que, pour le Curé d’Ars, « la sainte communion et le saint sacrifice de la messe sont les deux actes les plus efficaces pour obtenir le changement des cœurs » (23).D’où l’importance de l’Eucharistie comme acte essentiel qui rend présent le sacrifice du Christ : c’est bien le Christ qui sauve ; c’est bien l’Eucharistie comme acte de salut offert pour le genre humain qui est premier. Nous connaissons bien cette phrase du Curé d’Ars : « Toutes les bonnes œuvres réunies n’équivalent pas au sacrifice de la messe, parce qu’elles sont les œuvres des hommes, et la sainte messe est l’œuvre de Dieu. Le martyre n’est rien à comparaison : c’est le sacrifice que l’homme fait à Dieu de sa vie ; la messe est le sacrifice que Dieu fait pour l’homme de son Corps et de son Sang » (24).

La célébration par elle-même est déjà féconde ; Catherine Lassagne, témoin fidèle qui a vécu tant d’années avec le Curé, rapporte cette phrase du Saint : « Quand on dit la messe pour les pauvres pécheurs, Notre-Seigneur est là sur l’autel, il lance un rayon de lumière dans l’âme de ce pauvre pécheur qui lui fait connaître son état, sa pauvre misère. Il ne peut plus y résister et retourne à Dieu, son Bon Père. »(25) Derrière le langage familier, on comprend combien l’Eucharistie en elle-même est source de grâces de conversion, de par la simple présence du Christ présent comme victime offerte. Quant au prêtre, il est bien là, présent et offrant l’unique victime, l’Agneau sans tache, jusqu’à "marchander" avec le Père : « Père Saint et Éternel, faisons un échange. Vous tenez l’âme de mon ami qui est en purgatoire, et moi je tiens le Corps de votre Fils qui est entre mes mains : eh bien ! Délivrez mon ami, et je vous offre votre Fils avec tous les mérites de sa mort et passion »(26), car « aux mérites de l’offrande de cette victime, (Dieu) ne peut rien refuser »(27). Tel sera d’ailleurs le fondement de la fécondité de toute prière : offrir par les mérites de Jésus-Christ mort et ressuscité. Prière de toute l’Église, puisque tous les chrétiens sont appelés à offrir « le Fils Bien-Aimé avec tous les mérites de sa mort et de sa passion » à Celui qui ne peut rien refuser. De la Source découle aussi la grâce qui configure le pasteur à son Maître. Et c’est bien en ce sens que le Curé d’Ars, comme Pasteur, est donné, livré pour le Salut des hommes : « Après la consécration, quand je tiens dans mes mains le très saint Corps de Notre-Seigneur, et quand je suis dans mes heures de découragement, ne me voyant digne que de l’enfer, je me dis : "Ah, si du moins je pouvais l’emmener avec moi ! L’enfer serait doux près de Lui. Il ne m’en coûterait pas d’y rester toute l’éternité à souffrir, si nous étions ensemble... Mais alors, il n’y aurait plus d’enfer. Les flammes de l’amour éteindraient celles de la justice !" » (28) La joie et la Croix... pour le salut et la conversion des hommes. Ils sont affamés de Dieu et Dieu seul peut les combler.

D) De la communion à Jésus-Eucharistie

Il est clair que l’aspect du mystère eucharistique le plus développé chez le Curé d’Ars est celui de la présence eucharistique : « À la vue d’un clocher, vous pouvez dire : Qu’est-ce qu’il y a là ? Le Corps de Notre-Seigneur. Pourquoi y est-il ? Parce qu’un prêtre a passé là et a dit la Sainte Messe ! » (29). La présence de Jésus-Eucharistie dans l’Église, au cœur du village, rappelle une chose essentielle : Dieu est présent au milieu de son peuple. La présence eucharistique comme signe de l’Amour de Dieu ! Mais si le prêtre permet au Christ d’être substantiellement présent dans l’Eucharistie, cela ne suffit pas : il faut l’affirmation et le témoignage de la foi pour entrainer le peuple de Dieu à rentrer dans une attitude véritable d’adoration et de joyeuse espérance. Le cri si souvent répété, entendu avec émotion et larmes : « Il est là ! », a ravivé dans les cœurs des paroissiens non seulement la foi, mais la confiance absolue en un Dieu qui se fait proche. Parce que l’homme a besoin de signes, Dieu a voulu que par le prêtre soit signifiée la présence de Celui qui seul est venu guérir et combler les cœurs. Oui, grandeur du prêtre qui, malgré ses faiblesses, a pouvoir sur le pain pour que le mystère de la Rédemption soit appliqué : « Voyez la puissance du prêtre ! La langue du prêtre, d’un morceau de pain, fait un Dieu ! C’est plus que de créer le monde » (30) ; Mais aussi appel à une désappropriation profonde du sacerdoce. La présence de Dieu est alors manifestée d’une double manière : par la présence eucharistique rendue possible par le prêtre qui s’est assimilé à Jésus-Eucharistie, par des longues heures d’adoration et de nourriture eucharistique. Le Curé d’Ars s’identifie peu à peu au Christ-Pasteur : Jésus présent au plus intime du prêtre qui se livre et Jésus livré, rendu présent par les mains du prêtre ! Échange merveilleux de l’amour. Les conséquences spirituelles sont réelles ! C’est dans l’intimité de ce cœur-à-cœur que s’équilibrait la vie spirituelle et affective du Curé d’Ars, lui si éprouvé et si conscient de sa pauvreté. Ne sommes-nous pas au cœur d’une réalité qu’il faudrait développer ? C’est par l’Eucharistie que le prêtre est gardé dans la véritable chasteté. C’est aussi dans ce cœur-à-cœur qu’il connaissait la vraie joie. Quand le Curé d’Ars proclame, par exemple : « Le sacerdoce est une charge si lourde que si le prêtre n’avait pas la consolation et le bonheur de célébrer la Sainte Messe, il ne pourrait pas la supporter » (31). Car telle était bien sa consolation et sa joie ! Tenir le Corps eucharistique : « Jusqu’à la Consécration, je vais assez vite, mais après la Consécration, je m’oublie en tenant Notre-Seigneur dans mes mains. » (32) L’abondance des témoignages sur ce point mérite d’être soulignée, car elle nous dit quelque chose d’essentiel. C’est dans la foi en l’Eucharistie et la joie de l’adoration que Jean-Marie Vianney a puisé l’énergie de son apostolat : « Ah, si nous avions la foi, si nous étions bien pénétrés de la présence de Notre-Seigneur qui est là sur nos autels avec ses mains pleines de grâces, cherchant à les distribuer, avec quel respect nous serions en sa sainte présence ».(33)

E) Le Pain Eucharistique

Ce Corps tant désiré ne peut tendre que vers la communion eucharistique. Élever l’âme en la nourrissant du Corps du Seigneur ; car « la nourriture de l’âme, c’est le Corps et le Sang d’un Dieu ! O belle nourriture ! L’âme ne peut se nourrir que de Dieu. Il n’y a que Dieu qui lui suffise ! Il n’y a que Dieu qui puisse la remplir.. »34 Une telle faim de Dieu dans le cœur d’un pasteur le pousse à permettre que ses paroissiens reçoivent souvent le Corps eucharistique, bien avant que cela se généralise : « La communion fréquente qu’il encourage de plus en plus largement parmi ses paroissiens, puis ses pèlerins, s’inscrit dans une très positive théologie sacramentelle. L’Eucharistie récompense moins les succès du pécheur dans sa vie spirituelle qu’elle ne l’encourage dans son effort vers la perfection » (35), note Philippe Boutry. Il vaudrait mieux dire « qu’elle ne l’encourage dans son amour pour Dieu ! », car il s’agit toujours de tendre vers une plus grande union au Christ. Bien sûr, l’homme n’eut pas imaginé un tel don : « Jamais nous n’aurions pensé à demander à Dieu son propre Fils. Mais ce que l’homme ne peut pas dire ou concevoir, et qu’il n’eut jamais osé désirer, Dieu, dans son amour, l’a dit, l’a conçu et l’a exécuté... » (36).
Le prêtre rejoint la simple expérience chrétienne : « La sainte communion est un bain d’amour » (37). Tout parle chez le Curé d’Ars de joie et de bonheur. Pasteur, il est avant tout le témoin de ce qu’il vit. Tout conduit au silence et à l’action de grâces. Il y a peu de développement théologique sur l’Église et la construction du Corps Mystique. Mais il y a le résultat : toute une paroisse entraînée dans une même communion et un même élan d’amour. Parce que le pasteur a sans doute souci du plus faible, de la brebis égarée : « Il y aura un seul troupeau et un seul berger » (Jn 10,16). Le Curé d’Ars s’est peu à peu transformé en l’Unique Pasteur qui a donné sa vie et conduit les siens vers l’éternité bienheureuse.

Conclusion

L’Eucharistie et le prêtre. Chez le Curé d’Ars, il me semble que cela se déploie en trois pôles : l’Eucharistie, le prêtre et le salut de tous. Le prêtre dans son rapport à l’Eucharistie est bien le Serviteur de la vocation de l’homme ; c’est aussi à partir de l’Eucharistie que se développe sa spiritualité pastorale. Au fond, je retiendrai, pour ma part, trois idées fondamentales :

1. La présence eucharistique est un signe essentiel de la fidélité amoureuse de Dieu. Dieu est présent à son Peuple. En permettant que l’Eucharistie soit rendue présente, le prêtre devient l’instrument de la tendresse de Dieu. En un temps où l’adoration de Jésus-Eucharistie retrouve un nouvel élan parce que l’homme est comme attiré vers la Source, comment ne pas prendre au sérieux cette phrase du Christ : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas ; le Royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent » (Mc 10,14). Œuvrer pour les vocations, par exemple, procède d’un mouvement d’amour, celui qui anime le cœur du Christ en voyant les brebis sans bergers : « Si Monsieur le missionnaire et moi nous nous en allions, vous diriez : « Que faire dans cette église ? Il n’y a plus de messe ; Notre-Seigneur n’y est plus, autant vaut prier chez soi... » (38).

2. Le Christ, à travers l’Eucharistie, construit le prêtre en procédant d’un échange permanent
d’amour dont le fruit est missionnaire. Le sacrement de l’ordre qui configure au Christ-Prêtre n’est pas quelque chose de statique, mais se nourrit et se déploie dans une vie reçue et donnée : « Je ne vous appelle plus serviteurs,... mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15,15). La spiritualité du prêtre ne fera pas l’économie de la rencontre du Bien-Aimé, nourrie de ce qui est à la racine de son identité.

3. Célébrer l’Eucharistie est une joie immense qui est le creuset par lequel l’Amour nous appelle à l’offrande profonde de toute notre vie de prêtre. C’était la vocation du saint Curé. C’est aujourd’hui la nôtre. Tenir Jésus entre nos mains conduit à l’adorer et à vouloir s’unir à Lui pour le Salut du monde. Toute notre vie de pasteur devient offrande et communion dans un élan d’amour ; la spiritualité du prêtre ne peut dès lors que se déployer dans une recherche ardente d’une plus grande conformité au Christ. Citons, pour conclure, l’actuel Curé d’Ars : « L’Eucharistie fut, pour le Curé d’Ars, le parti-pris de l’Espérance. Dieu ne cesse de nous donner sa vie. Le Curé d’Ars a souffert, certainement. Mais il ne s’est jamais défait de cette joie intérieure qui reposait sur la certitude que Dieu aimait chaque homme et que Jésus était mort pour chacun. Il n’a cessé de le dire à toutes les familles qu’il visitait à domicile et à tous les pénitents qu’il confessait. Il puisait cette joie dans la certitude que son œuvre de curé participait à l’œuvre du Sauveur » (39).

1 FOURREY Mgr., Le Curé d’Ars authentique, Paris 1964, p.325 ss.
2 MONNIN A., Le Curé d’Ars - vie de M.Jean-Baptiste-Marie Vianney, 2 Vol., Paris, 1861 (la pagination correspond à la 6ème
édition, 1861).
3 MONNIN A., Esprit du Curé d’Ars, M.Vianney dans ses catéchismes, ses homélies et sa conversation, Paris, 1864, (nous
citerons d’après la pagination de la 7ème édition, 1873).
4 NODET B., Jean-Marie Vianney, Curé d’Ars, sa pensée, son coeur, Le Puy, 1958.
5 JEAN-PAUL II, Récollection aux prêtres et séminaristes à Ars, n°5, 1986, in Documentation Catholique n°1927, p.973.
6 NODET B., op. cit., p.59.
7 MONNIN A., Esprit du Curé d’Ars, op. cit., p.64-65.
8 C’est nous qui soulignons.
9 JEAN-PAUL II,, op. cit., n°2, p.972.
10 JEAN-PAUL II,, op. cit. n°2 ; la citation du Curé d’Ars est prise chez NODET, op. cit., p.100.
11 MONNIN, Le Curé d’Ars, 2ème Vol, op. cit., p.445.
12 JEAN-PAUL II, op. cit. n°2, p.972
13 Cité par Catherine Lassagne, cf. NODET B., op. cit.,p.105.
14 NODET B., op. cit., p.105
15 ANCEL Mgr., La spiritualité pastorale du Curé d’Ars, dans "Journées sacerdotales du Centenaire", éd. Fleurus 1960, p.145-
146.
16 Texte inédit du Père Philippe Perdrix, actuel Curé d’Ars.
17 RAVIER A. Un prêtre parmi le peuple de Dieu, le Curé d’Ars, éd. Guy Victor, 1959, réédité en 1999, éd. Parole et Silence.
18 NODET B., op. cit., p.80.
19 JEAN-PAUL II, op. cit. n°7, p.974.
20 MONNIN, Esprit du Curé d’Ars, op. cit.., p.145.
21 MONNIN, Esprit du Curé d’Ars., op. cit., p.117-118..
22 Cité par Alexis Tailhades : NODET B., op. cit., p.107.
23 Cité par M. de La Bastie : NODET B., op. cit., p.110.
24 NODET B., op. cit., p.108.
25 Idem.
26 NODET B., op. cit., p.109.
27 NODET B., op. cit., p.108.
28 NODET B., op. cit., p.109.
29 MONNIN, Le Curé d’Ars,, op. cit., 2ème vol, p.446
30 Idem.
31 Cité par Alix de Belvey : NODET B., op. cit.,p.104.
32 Cité par Joseph Toccanier : NODET B., op. cit., p.109.
33 Cité par Catherine Lassagne : NODET B., op. cit., p.113.
34 MONNIN A., Esprit du Curé d’Ars, op. cit., p.141.
35 BOUTRY Ph. & CINQUIN M., Deux pèlerinages au XIXème siècle, Ars et Paray-le-Monial, Beauchesne 1980, p.98.
36 NODET B., op. cit., p.120.
37 NODET B., op. cit., p.119.
38 MONNIN A., Esprit du Curé d’Ars, op. cit., p.120.
39 PERDRIX Ph., op. cit.

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