Missionnaires de la miséricorde divine
http://misericordedivine.fr/Nouvelles-de-l-abbe-Eloi-Gillet-en
      Nouvelles de l’abbé Éloi Gillet en janvier 2009

Nouvelles de l’abbé Éloi Gillet en janvier 2009

Nous laissons la parole, pour ce mois-ci, à l’un de nos deux séminaristes expatriés, le diacre Eloi.


Les nouvelles de l’abbé Gillet

- Sbah el-rîr. Labes ? hamdullah !
Voila deux ou trois mots d’arabe que l’on ne peut pas ne pas connaître après quelques semaines en pays arabe puisque ce sont les formules rituelles par lesquelles tous se saluent, du moins en Tunisie.
Cela fait donc un peu plus de trois mois, déjà, que j’ai pris le bateau pour traverser la Méditerranée et ai posé mes valises à Sousse (très ancienne ville romaine connue sous le nom d’Hadrumète).

- Laissez-moi vous dire quelques mots sur le pays. La Tunisie est un pays grand comme le quart de la France, peuplé par 11 millions d’habitants, officiellement tous musulmans, sunnites. C’est une République depuis 1956, date de l’indépendance. La Tunisie est entrée dans la modernité grâce à une politique de développement menée par Habib Bourguiba qui fut le premier président. Zine El-Abidine Ben Ali, l’actuel président qui lui a succédé en 1987, inaugurant l’Ere du Renouveau, a été depuis réélu 3 fois avec 99 % des suffrages. L’industrie textile, l’agriculture (l’olivier) et le tourisme sont les principales ressources du pays. Les grandes villes sont Tunis, Sfax, Sousse. La ville de Sousse est forte de 150 hôtels qui bordent la côte. Pas facile de trouver un bout de plage...

- Le début d’année a été très chargé en raison des journées pastorales voulues par l’évêque. Etant le seul diacre, j’étais de service pour toutes les grandes cérémonies : accueil de mgr Bader (futur évêque d’Alger) à Tunis, consécration du lieu de culte de Sfax, journée diocésaine à La Marsa, ordination d’un diacre permanent à Tunis... J’ai donc eu l’occasion de découvrir assez rapidement un certain nombre de communautés de l’unique diocèse de Tunisie. Le diocèse compte 15 prêtres diocésains, autant de pères blancs, quelques salésiens, de marianistes et des prêtres Fidei Donum [1]. Deux jeunes moines de l’Institut du Verbe Incarné ont ouvert il y a deux ans un monastère. Bref, une petite cinquantaine de religieux sont au service de l’Eglise de Tunisie.

- Il faut ajouter les nombreuses communautés féminines : mentionnons les Sœurs Blanches, les Filles de la Charité, les Missionnaires de la Charité, les sœurs Egyptiennes du Sacré-Cœur, les sœurs de Saint Joseph de l’Apparition, les Franciscaines missionnaires de Marie, les petites sœurs de Jésus évidemment, etc., soit 122 religieuses ou consacrées. Tout ce petit monde-là est réparti sur les 10 paroisses du diocèse. L’indépendance en 1956 a profondément bouleversé le paysage ecclésial tunisien : la quasi-totalité des chrétiens retournant dans leur pays d’origine (France, Italie...), les prêtres suivant le même chemin, l’église est passée de 110 à 6 clochers ! Les relations entre l’Etat Tunisien et le Vatican sont réglées selon le Modus Vivendi de 1956. Celui-ci laisse une place officielle aux chrétiens. Les chrétiens en Tunisie sont donc les expatriés (pour raisons professionnelles), les résidents d’avant l’indépendance, des retraités venus passer ici leurs vieux jours et des touristes.

- A noter aussi une importante communauté d’étudiants africains (du Congo, du Cameroun, du Bénin, de Côte d’Ivoire...). Les grands absents de nos églises, vous l’aurez remarqué, se sont les Tunisiens eux-mêmes. Plusieurs néanmoins gravitent, posent des questions, s’intéressent. Mais le contact n’est pas très facile, ni pour eux, ni pour nous. Enfin, nous voyons passer aussi une multitude de touristes qui sont largement majoritaires dans nos assemblées dominicales. Voila en bref la situation de notre Eglise.
La paroisse du Sahel Nord à laquelle j’ai été affecté s’étend sur 80 km du Nord au Sud et sur 50 d’est en Ouest, à 2 heures au sud ouest de Tunis, sur la côte. Elle regroupe les villes de Sousse, Monastir, Kairouan, Mahdia. Les deux pôles principaux sont l’église saint Félix à Sousse où nous avons 2 messes le WE (ainsi que la messe quotidienne bien entendu) et la communauté de Monastir chez les sœurs de saint Joseph. Deux prêtres desservent cette paroisse : le père Nicolas Lhernould, jeune prêtre français incardiné dans le diocèse de Tunis et le père Désilé Eliason, prêtre ivoirien Fidei Donum. C’est auprès d’eux que je fais mes premiers pas dans le ministère.

- Permettez-moi quelques mots sur les activités qui m’occupent la semaine. Je passe une bonne partie de mon temps à l’ « école des sœurs » ainsi connu à Sousse puisqu’elle a été fondée il y a plus d’un siècle par les sœurs de Saint Joseph qui ont maintenant passé la main à la communauté des sœurs égyptiennes du Sacré Cœur. J’y donne des cours d’expression orale française à 9 classes (de la 3ème à la 5ème de base ce qui équivaut au CE 1, CE 2 et CM1.) J’utilise des petites histoires, des jeux, des chansons pour leur donner davantage le goût du français (en perte de vitesse ces dernières années). Je profite de ces cours pour distiller quelques valeurs morales. Etant le 1er et le seul professeur homme dans l’école, et n’ayant pas à noter les élèves, je jouis d’une popularité certaine. Si cela les rend plus attentifs, hamdullah !
- Je suis aussi redevenu élève puisque j’assiste depuis 2 mois aux cours d’arabe avec les élèves de 1ère et 2ème année de base (Grande section et CP !) C’est une manière d’apprendre rapidement, mais c’est difficile. Une question à laquelle on ne peut échapper : quel arabe apprendre ? le littéraire, qui est enseigné à l’école mais qui n’est parlé par personne, ou le dialecte tunisien qui ne permet d’être compris que par les tunisiens ? Une fois appris l’alphabet, on est confronté à un autre problème : ils n’écrivent pas les voyelles (enfin pas toutes) alors quand on débute, ce n’est pas facile : magnez n txt sns vyll, pvz vs l lir ou le cmprndr sns fr de cntrsns (imaginez un texte sans voyelle, pouvez-vous le lire ou le comprendre sans faire de contresens ?) Comme disait l’ancien curé de Sousse, « l’arabe, les 25 premières années sont difficiles, après c’est encore plus difficile » !?!
- Je suis aussi en charge de la prédication du jeudi et de l’animation de l’adoration eucharistique relancée cette année. J’ai aussi l’occasion de prêcher le week-end (pas trop le dimanche car il faut être prêt à improviser en italien, en anglais, en allemand suivant les touristes...) Mais cette nouvelle expérience du ministère est très instructive. Et je remarque que le premier à qui s’adresse le sermon est le prédicateur.
- Je participe aussi à un cours Alpha lancé l’année dernière e,t dans une semaine, nous allons de nouveau lancer une deuxième session : le curé m’en a confié la responsabilité. (Alpha est un parcours de redécouverte de la foi chrétienne à partir de questions essentielles, parcours fondé sur la convivialité).
- Le père Nicolas a profité aussi de ma présence pour lancer cette année deux chorales, à Sousse et à Monastir. Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois, on m’a chargé de cela ! Mais c’est très prometteur, on voit déjà les progrès réalisés et l’enthousiasme des participants.

A ceci s’ajoute bien évidement les temps de prière individuelle ou communautaire, prière absolument vitale pour la survie spirituelle. La prière du muezzin (« le muezzin, vous avez fait taire le muezzin ? ») nous rappelle cette exigence 5 fois par jour.

La pastorale ici à Sousse diffère quelque peu de ce que j’ai pu connaître en France. L’approche est différente. Ici, c’est la pastorale du cas par cas qui prévaut, de la pêche à la ligne. Tout passe par le bouche à oreille et les relations personnelles. Le nombre n’est pas un critère de succès. Et c’est une pastorale sur la longue, voire très longue durée. La société tunisienne est à la fois très occidentalisée et à la fois très traditionnelle. On ne perce pas le monde tunisien si facilement. Il faut d’après le témoignage des anciens près de 30 ans pour se faire accepter. Que peut-on prétendre faire en 7 mois ? Néanmoins cette expérience est extraordinaire. S’il y a encore de gros défis à relever, il a des sujets de grandes espérances. Les choses évoluent « chouia chouia », lentement. Il y aurait encore tant à dire, mais je ne peux tout raconter...

J’espère vous revoir tous et chacun lors d’une éventuelle ordination sacerdotale (inch’ allah). D’ici là je me recommande à vos prières en vous assurant des miennes. Soyez certains que la messe, l’office divin et la communion des saints nous rapprochent.

A tous je souhaite une bonne et sainte année.
Votre dévoué.

Notes

[1mis à disposition par un diocèse extérieur

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Dans l'Eglise

Eglise catholique du Var

Eglise de France