Missionnaires de la miséricorde divine
https://misericordedivine.fr/Homelie-de-mgr-Rey-pour-l,57
      Homélie de mgr Rey pour l’ordination sacerdotale de l’abbé Jean-Raphaël (...)

Homélie de mgr Rey pour l’ordination sacerdotale de l’abbé Jean-Raphaël Dubrule

"Ceci est mon corps, livré pour vous"

"Ceci est mon corps, livré pour vous", voici l’homélie donnée par monseigneur Dominique Rey a lorsqu’il a ordonné prêtre Jean-Raphaël Dubrule et sous-diacre Eloi Gillet à la cathédrale de Toulon le 22 septembre 2007.


On ne devient capable de salut qu’en offrant sa propre chair

« Il y a deux ans, le père Andréas Santoro, prêtre italien, missionnaire en Turquie, était assassiné dans son église tandis qu’il priait. Peu avant sa mort, il avait déclaré : "Je suis ici pour habiter parmi ce peuple et permettre à Jésus de le faire en prêtant ma chair. On ne devient capable de salut qu’en offrant sa propre chair. Le mal du monde doit être porté, et la douleur doit être partagée en l’absorbant jusqu’au bout dans sa chair, comme l’a fait Jésus."
Au cours de l’ordination presbytérale de ce jour, Raphaël est appelé à se donner à Dieu, jusque dans sa chair. Jésus a revêtu notre chair, il nous invite à lui donner la nôtre. Cette offrande de notre chair n’est jamais aussi manifeste que dans la liturgie eucharistique, lorsque nous reprenons les paroles du Mémorial : "Ceci est mon Corps, livré pour vous"..

Je vous appelle mes amis !

Nous prêtons au Christ notre propre corps pour qu’il soit livré pour le salut de tous. Le prêtre est appelé à se laisser saisir par les paroles de Celui qui l’appelle "ami". On ne peut être ordonné que si l’on est devenu "ami" du Christ, que si l’on conduit l’amitié jusqu’à l’imitation, la correspondance, l’identification.
L’amitié avec le Christ est constitutive du sacerdoce ministériel. Au cours de la messe chrismale du Jeudi Saint de 2006, le pape Benoît XVI a rappelé l’importance des paroles de Jésus à ses apôtres, la veille de sa mort : "Je vous appelle mes amis !" leur dit-il. Et le pape de commenter : "Dans ces paroles, on pourrait voir l’institution du sacerdoce. Le Christ confie sa Personne. Quelle confiance ! Il s’est véritablement remis entre nos mains."

Cette amitié avec le Christ dessine les traits d’une spiritualité sacerdotale que Pastores Dabo Vobis exprime en ces termes au n° 27 : "Dans le radicalisme évangélique et pour le manifester, il y a toute une floraison de nombreuses vertus et exigences morales qui sont décisives pour la vie pastorale et spirituelle du prêtre. Citons, par exemple, la foi, l’humilité en face du mystère de Dieu, la miséricorde, la prudence…"

1. La foi

Le pape Jean Paul II énumère en premier lieu la foi. La foi est première. Cette foi est l’attachement inconditionnel et radical au Christ.

Le prêtre doit être un homme de foi. Une foi puisée dans la prière, nourrie par la lectio divina, approfondie par l’enseignement de l’Eglise. Une foi capable de se communiquer dans l’apostolat, de s’expliquer dans la catéchèse, de se célébrer dans les sacrements.

Homme de foi, le prêtre doit croire en son ministère. Il ne peut rester extérieur à ce qu’il fait. Il engage toute sa vie dans son ministère. Sa vie, c’est le Christ. "Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. Ma vie présente, dans la chair, je la vis dans la foi au fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi" (Paul aux Galates 2, 20). Le Christ poursuit, grâce au prêtre, son activité sacerdotale. La foi au Christ conduit à une unité de vie avec Lui. Car le Christ est le modèle parfait de l’accomplissement de la volonté du Père et de la donation inconditionnelle aux âmes.
Je cite le n° 14 de Presbyterorum Ordinis :
"Pour pouvoir vérifier en pratique leur unité de vie, que les prêtres considèrent chacune de leurs initiatives en examinant quelle est la volonté de Dieu, c’est-à-dire en voyant si cette initiative est cohérente avec les règles de la mission évangélique de l’Eglise. En effet, la fidélité au Christ ne peut pas être séparée de la fidélité de son Eglise.".
La foi au Christ conduit à la foi en l’Eglise, c’est-à-dire à un amour filial à son endroit. De prier avec elle, d’être attaché à son Magistère, de puiser dans sa fidélité la sagesse et la force, pour aller jusqu’au bout de son ministère, sans transiger. Le prêtre n’annonce pas son opinion, mais la foi de l’Eglise, dans toute sa plénitude, dans toute sa catholicité.
La foi au Christ conduit le prêtre à aider les chrétiens à devenir eux-mêmes, des hommes et des femmes de foi.

2. L’humilité

Pastores Dabo Vobis évoque une autre exigence morale de la vie du prêtre : l’humilité. Plus que tout autre, le prêtre accueille pour lui-même les paroles de saint Paul "Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile." (2 Corinthiens 5)
L’humilité consiste à laisser le Christ passer devant soi. A Lui donner la première place dans sa vie. "Dieu premier servi." disait Jeanne d’Arc. "Sans moi, vous ne pouvez rien faire." nous redit Jésus.
L’humilité conduit à la prière, à demander sans cesse le secours de la grâce, à vivre de l’eucharistie, à savoir nous appuyer sur la fraternité sacerdotale et à promouvoir les indispensables collaborations avec les fidèles laïcs, sans prétendre vouloir tout faire tout seul. L’humilité consiste à dépendre aussi des autres.
L’humilité nous conduit à regarder en face nos fragilités, à consentir à nous remettre en cause, à exercer un regard critique sur soi. L’humilité nous invite aussi à confesser régulièrement nos péchés, à vivre de la miséricorde divine.

3. La miséricorde

Un autre point qu’évoque l’exhortation apostolique Pastores Dabo Vobis, c’est la miséricorde.
La lettre aux Hébreux applique au Christ le titre de "grand prêtre miséricordieux". "Parce qu’il a lui-même souffert, quand il fut éprouvé, il est en mesure de venir en aide à ceux qui sont éprouvés." (Hébreux 2, 18)
La miséricorde sacerdotale du Christ n’est pas un sentiment superficiel. C’est une capacité acquise grâce à des souffrances personnelles. Pour pouvoir compatir pleinement, il faut avoir pâti personnellement. L’auteur de la lettre aux Hébreux montre encore Jésus en proie à une angoisse extrême qui le fait "prier et supplier, avec un grand cri et dans les larmes, Celui qui pouvait le sauver de la mort" (Hébreux 5, 7)

Tout le ministère sacerdotal doit être empreint de miséricorde. Et cette miséricorde se déploie dans la triple tâche que l’Eglise confie au ministère ordonné :

  1. Annoncer la Parole de Dieu. "Munus docendi". Proclamer la Parole de Vie. L’expliquer. L’enseigner… c’est faire œuvre de miséricorde. Car le monde a soif et faim de cette Parole. Car chaque être humain est fait pour le Christ, pour le connaître et pour le rencontrer. Evangéliser, c’est répondre à cette soif, c’est entendre ce cri. Cette annonce du Christ ne doit pas édulcorer le message, comme pour en adapter le contenu et l’exigence. Il en perdrait alors sa saveur. Ou la dénaturerait. Mais cette annonce du Christ n’est crédible que si notre vie est en cohérence avec ce que l’on proclame, que notre vie donne la preuve de l’amour du Christ. Sinon, nous sommes des menteurs. Pour qu’une réalité change le monde, il faut d’abord qu’elle change la vie de celui qui la porte. Il faut qu’elle se change en exemple. La vie des saints est là, pour nous rappeler cette exigence. C’est une vie convertie à Dieu, qui convertit les autres.
  2. La miséricorde conduit aussi le prêtre à être le dispensateur des sacrements du salut. Il devient l’instrument de la grâce. Il agit "in personna Christi" [1] pour prolonger, en son nom, son œuvre de miséricorde. Donner la vie du Christ par le baptême, pardonner les péchés par le sacrement de pénitence, nourrir le peuple chrétien par la célébration de la sainte messe, fortifier les corps éprouvés dans le sacrement de l’onction des malades…, voilà autant d’œuvres de miséricorde dont le prêtre est le ministre.
  3. Enfin, le prêtre est homme de miséricorde dans l’exercice de la charge pastorale qui lui est confiée. Il conduit la communauté en Bon Pasteur, prêt à donner sa vie pour chacun, à rechercher la brebis égarée, à gouverner avec le souci d’aider chaque fidèle à trouver sa place, à développer son charisme. Il est responsable de développer avec vigilance et sollicitude une vraie communion fraternelle afin qu’elle devienne aussi une communion missionnaire.

4. La prudence

L’exhortation apostolique post-synodale Pastores Dabo vobis souligne enfin à propos de la spiritualité sacerdotale, la prudence. Cette vertu prévient de se lier à une personne particulière ou à un groupe.
La foi au Christ conduit le prêtre à se départir de l’exercice solitaire et indépendant de son ministère.

L’actuel Souverain Pontife nous l’a rappelé à l’occasion des ordinations presbytérales du 7 mai 2006. Il s’adressait aux nouveaux prêtres en ces termes :
"Connaître les brebis comme Jésus, bon pasteur, ce doit toujours être aussi connaître avec le cœur ; si notre manière de connaître ne ligote pas les personnes à notre petit moi privé, à notre petit cœur, mais leur fait sentir le cœur de Jésus, le cœur du Seigneur. Ce doit être une connaissance avec le cœur de Jésus et orientée vers Lui, une manière de connaître qui n’attache pas l’homme à ma personne, mais le guide vers Jésus en le rendant ainsi libre et ouvert."

Il est tout à tous

Le prêtre n’est pas l’homme d’un parti. Il est tout à tous afin que chacun soit aussi à son frère. Son cœur est ouvert à tous. Il est chaste, c’est-à-dire donné à Dieu pour être à chacun, sans mettre la main sur personne. Son cœur est disponible et universel, prêt à donner sa vie pour chacune de ses brebis. A Auschwitz, lorsqu’on demanda à Maximilien Kolbe de justifier des raisons du mourir à la place d’un père de famille, il ne savait que répondre : "Parce que je suis un prêtre catholique". La vie du prêtre est sacrificielle, et chaque eucharistie actualise son offrande. Et c’est parce qu’elle est sacrificielle, que dans le Christ, elle est féconde. "Il n’est pas de plus grande preuve d’amour, que de donner sa vie pour ceux qu’on aime", disait Jésus. »

Dominique Rey
22 septembre 2007
Notre-Dame de la Seds


Source : http://www.diocese-frejus-toulon.co... (cette homélie ne peut être reproduite ou reprise même partiellement sans autorisation préalable du diocèse de Fréjus-Toulon)

Notes

[1dans la personne du Christ

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Dans l'Eglise

Eglise catholique du Var

Eglise de France