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      Une laïque à l’origine de la Fête-Dieu

Une laïque à l’origine de la Fête-Dieu

Déterminante dans le développement du culte eucharistique, sainte Julienne de Cornillon nous montre la place que peut avoir une femme et une laïque dans la vie de l’Eglise. Bref historique.


Le XIIIe siècle, qui voit se définir le dogme de la transsubstantiation au quatrième concile du Latran en 1215 connaît un grand développement de la dévotion eucharistique. D’une part, nous avons le travail des théologiens et de l’Eglise enseignante qui précisent la doctrine eucharistique et la transmettent par différents moyens tant catéchétiques que pratiques. D’autre part, il y a l’action des Dominicains, des Franciscains et des laïcs engagés telles les béguines (1) qui vivent une dévotion eucharistique très forte et la transmettent.

Approfondissement théologique

La définition progressive du dogme de la transsubstantiation s’accompagne d’un approfondissement de la liturgie tout au long du XIIIe siècle. C’est à la fin du XIIe siècle que l’élévation de l’hostie puis du calice est instaurée au moment de la consécration. On a par ailleurs recours au tintement des clochettes pour avertir du moment. En même temps s’élabore toute une gestuelle du prêtre à l’autel – génuflexions et signes de croix – destinée à marquer l’évènement sacré.

L’Eglise approfondit donc le sacrement de l’Eucharistie et voit en lui un mystère central de la foi et de la vie ecclésiale. Se pose alors la question de la communion des fidèles. D’un côté, les prédicateurs enseignent l’importance de la communion pour la vie spirituelle et d’un autre côté ils développent tellement l’aspect sacré du mystère qu’ils le rendent quasiment inaccessible. La communion sous une seule espèce – bien qu’officialisée qu’au début du XVe siècle – se généralise et la coutume d’une seule communion par an – ou deux ou trois pour les grandes fêtes –, préparée par la confession et la pénitence, s’impose peu à peu. On assiste alors à la mise en place de substituts plus accessibles pour les fidèles qui « préservent » le sacré du mystère eucharistique : on fait vénérer aux fidèles la patène sur laquelle a reposé le corps du Christ en remplacement de l’hostie consacrée et on privilégie la distribution de pains bénis. La communion spirituelle remplace finalement la communion sacramentelle. En fin de compte, les fidèles sont invités à s’unir au Christ en esprit par la prière tandis que le prêtre communie sacramentellement en les unissant à sa propre communion.

Ce « désir de voir Dieu » sous les espèces du pain et du vin et la volonté de proclamer la présence réelle en elles s’expriment par de nombreuses hymnes et oraisons composées par de grands théologiens et papes et utilisées lors de la liturgie eucharistique – comme l’Adoro te attribué à saint Thomas d’Aquin, l’Ave verum corpus natum d’Innocent VI et l’Anima Christi de Jean XXII. En parallèle, se multiplient les exempla, récits de miracles relatifs à l’Eucharistie pour en faire comprendre l’importance pour la vie de chaque croyant tout en soulignant l’aspect sacré et divin du sacrement.

Le rôle de sainte Julienne de Cornillon

Ce « climat spirituel » est donc favorable à l’institution d’une nouvelle fête liturgique en l’honneur du Saint-Sacrement. Le rôle de Julienne de Cornillon, s’il n’est pas décisif, n’en est pas moins déterminant. A vrai dire, vu l’élaboration lente et progressive du calendrier liturgique au long des siècles, il est très difficile d’établir si la fête de Corpus Christi est la première à avoir été demandée par une laïque. Il semblerait que cela soit peu probable. Toujours est-il que si seules les autorités ecclésiastiques peuvent approuver et imposer une fête à l’Église, rien n’empêche que l’initiative vienne des fidèles, comme c’est ici le cas. Le processus se réalise en plusieurs étapes qui s’échelonnent sur de nombreuses années, même après la mort de l’instigatrice. Il commence par une série de visions qui restent un temps cachées et inexpliquées : Julienne n’en comprend le sens et n’en parle qu’une vingtaine d’années plus tard. Voici ce que son biographe en dit :

« Au temps de sa jeunesse, chaque fois que la vierge du Christ, Julienne, vaquait à la prière, un signe lui apparaissait, grand et étonnant. Lui apparaissait, dis-je, la lune dans sa splendeur, mais avec une toute petite fraction de son corps sphérique : comme elle apercevait cela depuis longtemps, elle s’étonnait beaucoup, ignorant ce que cela présageait. Elle ne pouvait assez s’étonner de ce fait, car, chaque fois qu’elle était en prière, ce signe se présentait incessamment à son regard. (…) Alors le Christ lui révéla que la lune figurait l’Église présente mais que la fraction de la lune figurait l’absence dans l’Église d’une solennité qu’il voulait désormais voir célébrée par ses fidèles sur la terre. Sa volonté, en effet, était que, pour l’augmentation de la foi, qui devait s’affaiblir à la fin du siècle, et pour le progrès et la grâce des élus, l’institution du Sacrement de son Corps et de son Sang fût célébrée une fois par an plus solennellement et plus spécialement que lors de la Cène du Seigneur, quand l’Église est généralement occupée au lavement des pieds et à la mémoire de sa Passion. En cette même solennité, il faudrait réparer avec diligence ce qui a été omis au sujet de la mémoire de ce sacrement soit par négligence soit les autres jours habituels, où la dévotion est moindre ».

Une nouvelle fête

Visions, prière ardente pour en comprendre la raison d’être et envoi en mission auprès des autorités compétentes pour faire reconnaître la fête demandée. La sentence de tous ces prélats est concordante : rien ne s’oppose à l’institution d’une nouvelle fête. Il est donc permis de tout mettre en œuvre pour la célébrer. Cela commence par la composition d’un office propre et complet qui est rédigé par un ami de Julienne. Pour autant, ce n’est pas celui-là qu’Urbain IV va joindre à la bulle Transiturus mais un autre – dans lequel on trouve entre autres le Pange lingua et le Lauda Sion – confié à la rédaction de saint Thomas d’Aquin. D’abord reconnue dans le diocèse de Liège par l’évêque Robert de Thourotte qui la fait célébrer en sa présence peu de temps avant sa mort, elle est supprimée par son successeur Henry de Gueldre avant d’être étendue à l’Eglise universelle par Urbain IV en 1264. Mais la mort du pape peu de temps après empêche la diffusion de la Fête-Dieu et il faut attendre que Jean XXII ait inclus dans la publication des Clémentines en 1317 la bulle Transiturus pour que la nouvelle fête soit réellement instaurée par la papauté et célébrée dans les diocèses. A noter au passage que la Fête-Dieu est la première fête instituée ainsi par le pape. Celle-ci connaît un vif succès et donne naissance à de nouvelles réalités qui manifestent la dimension sociale que prend la fête. C’est en effet l’occasion pour les confréries et les universités d’organiser des prédications publiques centrées sur les sacrements mais pouvant aussi prendre une dimension politique.

Les confréries eucharistiques se développent plus tard, dans la seconde moitié du XIVe siècle. Elles ont toutes les caractéristiques des autres confréries dans leur rôle de sanctification personnelle, de service ecclésial – pour les services funéraires et les activités para-liturgiques – de service à la société avec les œuvres de charité – hôpitaux, collèges – et d’entraide mutuelle. Mais elles ont bien sûr une fonction spécifique dans l’organisation des fêtes de Corpus Christi et de toutes les activités qui les accompagnent : processions, expositions du Saint-Sacrement, repas, représentations théâtrales et tableaux vivants sur l’Histoire du Salut, la vie du Christ, le Jugement Dernier etc. Bien que non prévues par la bulle Transiturus, les processions s’imposent vite comme un moyen propre à marquer la solennité de la fête avec un faste recherché dans les ornements, les encensoirs, le dais qui abrite l’ostensoir, les draperies qui ornent les maisons, les pétales de roses qui couvrent les rues, les cierges et tout ce qui peut mettre en valeur l’hostie consacrée.

Récit emblématique d’une société en pleine « effervescence religieuse », la Vita de Julienne de Cornillon se fait l’écho des centres d’intérêts religieux des catholiques du XIIIe siècle. Les questions théologiques et leurs conséquences sur la vie spirituelle et sacramentelle ne restent pas l’apanage des théologiens et des universitaires. Les grandes prédications des ordres mendiants sont loin de rester sans effets et suscitent de grands élans et de nombreuses aspirations chez les laïcs. L’Esprit Saint suscite parmi eux de grands mystiques qui participent à l’approfondissement du mystère eucharistique et de la Rédemption ainsi qu’à leurs implications dans la foi de l’Église, dont la Fête-Dieu est l’une des manifestations

Marie Jammot
 
(1) Les béguines suivaient une certaine règle de vie, mais sans être consacrées par une profession religieuse. Sainte Julienne était donc une laïque.

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