Bioéthique - Vie - Personne humaine

Pourquoi il ne faut pas céder de terrain à la culture de mort

 La quatrième révision de la loi de bioéthique sera discutée au parlement dès janvier 2027. Éclipsés par l’euthanasie, les travaux issus des États généraux de 2026 annoncent pourtant de graves transgressions : PMA, dépistages génétiques, eugénisme et manipulations embryonnaires. L’impératif éthique s’efface toujours davantage devant la technique et le désir individuel. Les chrétiens ne peuvent plus rester passifs.

L es lois de bioéthique puisent leurs racines dans l’utilitarisme et la négation de la nature humaine. Dès 1979, Pierre Simon saluait cette tendance de la science à affranchir la société des lois naturelles. Le droit s’étant séparé de toute vérité morale, les lois de bioéthique ne cherchent plus à reconnaître ce qui est intrinsèquement bon ou juste pour l’homme, mais consacrent la volonté générale du moment. La quatrième révision n’échappe pas à cette logique : ce qui est étiqueté comme « éthique » dépend d’un consensus parlementaire permissif et acquis aux pressions des lobbies scientifiques, transformant l’éthique en simple accompagnement de la technique. Privée de sa boussole naturelle, la conscience collective subit une anesthésie profonde qui rend acceptables des pratiques autrefois rejetées, rendant les citoyens incapables de s’opposer à ce nouvel eugénisme d’État déployé sous couvert de bienfaisance médicale. Derrière les questions techniques, le respect absolu de la dignité de la personne doit primer. Les catholiques auront un rôle décisif à jouer dans les mois qui viennent.

Quand l’éthique se soumet à la technique

Les États généraux de 2026 préfigurent une systématisation des dérives eugéniques au nom de l’autonomie et du progrès. Les discussions parlementaires tourneront autour de :

– Le dépistage pré-conceptionnel (DPC) : les personnes souhaitant un enfant seront incitées à réaliser un test génétique. Si une maladie est diagnostiquée, elles seront orientées vers la PMA avec diagnostic pré-implantatoire et tri embryonnaire. Pour l’instant, le DPC ne concernerait que les mutations causales, mais ses promoteurs annoncent déjà que l’identification d’autres mutations conduira à élargir la liste. Ce dispositif oriente le désir d’enfant vers la fabrication d’enfant avec contrôle qualité systématique. S’il est voté en 2028, il accélérera encore la pente glissante de l’enfant parfait : l’enfant n’est plus reçu comme un don, mais comme le produit d’une technologie. Il installera la génétique non plus comme un outil diagnostique, mais comme un levier de prévention globale, instaurant une politique toujours plus généralisée de dépistage prénatal. S’opposer au dépistage pré-conceptionnel ne relève pas d’une posture anti-science, mais d’une certaine vision de la société et de la dignité de l’être humain.

– Le Diagnostic pré-implantatoire des aneuploïdies (DPI-A) : les pressions sont considérables pour légaliser le DPI-A dans la PMA. Ce diagnostic recherche les anomalies du nombre de chromosomes sur l’embryon in vitro afin de n’implanter que les embryons indemnes. Sa légalisation ferait de la PMA l’option privilégiée pour procréer en réservant la sexualité au plaisir. La sélection d’êtres humains considérés comme « meilleurs » par élimination d’autres est typiquement eugéniste. Traiter les embryons comme un matériel de laboratoire dont on se débarrasse à l’envi outrage la dignité humaine. Les embryons porteurs de trisomie 21 sont la première cible de cet outil.

– L’allègement des garde-fous dans la recherche sur l’embryon : le monde de la recherche exige l’adaptation du cadre législatif pour lever les entraves administratives. Les points portés au vote en 2028 comprennent :

Chimères et xénogreffes : insertion de cellules humaines chez l’animal pour cultiver des organes humains et pallier la pénurie de greffons.

Gamétogenèse in vitro : fabrication de gamètes artificiels à partir de cellules souches pour la PMA (couples de même sexe, personnes infertiles ou âgées).

Extension de la culture embryonnaire de 14 à 28 jours : autorisée jusqu’à quatorze jours depuis 2016, l’expérimentation embryonnaire serait étendue au 28e jour pour étudier l’organogenèse, banalisant toujours plus l’instrumentalisation du vivant.

Labellisation des équipes : octroi d’autorisations globales aux équipes de recherche au lieu d’une validation par protocole, réduisant le contrôle démocratique et éthique sur le vivant.

Tous ces dispositifs mettent en balance la vie de l’embryon et l’intérêt de la recherche, pour conclure en faveur de cette dernière. Ce raisonnement conséquentialiste admet à tort que la fin justifie les moyens, et met en balance deux valeurs sans rapport entre elles : d’un côté la vie humaine, et de l’autre les bénéfices que l’on espère tirer de la recherche, même si ces bénéfices sont incertains.

– L’agrandissement du périmètre de la PMA et la GPA : l’extension des droits procréatifs entraîne de nouvelles revendications (PMA post-mortem, ROPA, GPA), transformant toujours plus la grossesse en prestation contractuelle, incluant le tri embryonnaire ou l’avortement sélectif.

Une mécanique de transgression

Les lois bioéthiques fonctionnent de façon systémique. La stratégie médiatique et sémantique met en scène des récits émotionnels tout en usant d’acronymes (DPI-A, DPNI) ou de termes lisses (« don d’engendrement », « aide à mourir ») pour masquer la réalité des actes. Sur le plan éthique, l’inversion du principe du moindre mal utilise la finalité thérapeutique comme justification. Or, la fin ne justifie pas les moyens : l’application du principe du mal mineur a des limites éthiques en relation aux absolus moraux, c’est-à-dire aux actions désordonnées en elles-mêmes. La recherche sur l’embryon instrumentalise et détruit massivement des vies humaines : la méthode ne peut pas être « sauvée » par sa finalité thérapeutique. Enfin, les mesures transgressives sont présentées comme l’unique solution, en occultant les alternatives éthiques (soins palliatifs face à l’euthanasie, cellules souches iPS face à la recherche embryonnaire).

En substituant des critères de performance et de confort à la dignité intrinsèque de la personne, la société s’enfonce dans un eugénisme hygiéniste et silencieux. L’expérience montre que transgresser un principe fait sauter tout le cadre : chaque révision législative agit comme un cliquet de non-retour, légalisant ce qui était interdit sous la pression économique ou sociétale. Une société sans conception solide de la dignité humaine finit par juger celle-ci selon des critères d’autonomie, de performance ou de désir. Elle devient techniquement compatissante, mais moralement indifférente aux plus vulnérables. La quatrième révision franchira un nouveau seuil d’alerte eugénique.

La dignité humaine comme boussole

Les catholiques doivent se lever pour défendre la vie humaine. Déclarer que la morale de la vie relève de la pure subjectivité constitue une capitulation de la raison. La véritable bioéthique doit rester ouverte aux questions ultimes. C’est en dialoguant avec la morale qu’elle conserve toute sa grandeur.

Notre rôle de chrétiens est d’annoncer la dignité de chaque homme, de conserver notre liberté et de faire barrage à ce rouleau compresseur. Le Pape Léon XIV nous y invite dans son encyclique « Magnifique Humanité » : « Même dans les nuits les plus sombres, le Seigneur suscite des hommes et des femmes capables de ne pas se résigner et de persévérer dans le bien : des personnes protégeant les plus fragiles et ouvrant des voies de réconciliation […] Cependant, arrivé à ce point, une tentation subtile s’insinue : celle de penser que les problèmes sont trop grands et nous trop petits, de telle sorte que nos choix ne changent rien. C’est une forme élégante de capitulation, souvent déguisée en réalisme. Certes, tout le monde n’a pas le même pouvoir d’action sur la réalité [Mais] Tous nous pouvons apporter notre contribution ».

Véronique Bourgninaud est diplômée de l’École supérieure de commerce de Paris et docteur en histoire moderne. Elle a enseigné la bioéthique durant quatre ans dans notre institut de formation Capsud Méditerranée à Toulon. Elle habite désormais Paris où elle travaille dans une fondation médicale et scientifique. Elle est l’auteur d’un ouvrage de référence :

Contre la détestation de l’Homme par l’Homme, Plaidoyer pour la personne humaine ((aux éditions Artège).

Publié dans , le 30 septembre 2026

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