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      Loi et miséricorde sont-elles incompatibles ?

Loi et miséricorde sont-elles incompatibles ?

Il n’est pas rare d’entendre opposer la morale de l’Ancien Testament et celle du Nouveau, en opposant les exigences de la loi dans l’Ancien à la miséricorde dans le Nouveau. Que répondre ?


La loi n’a pas bonne presse pour nos mentalités contemporaines. C’est vrai dans le domaine civil mais c’est tout aussi vrai dans le domaine de la morale chrétienne. La loi est très souvent perçue comme une contrainte imposée par Dieu à notre liberté. Par conséquent, il est fréquent d’entendre dire que les commandements de Dieu, récapitulés dans le Décalogue et précisés par l’Eglise au cours des siècles, sont à appliquer ou non selon les circonstances. Les rappels de l’Eglise sur le respect de toute vie humaine quelles que soient les circonstances ou sur la morale sexuelle apparaissent ainsi particulièrement intransigeants. Au nom de la Miséricorde de Dieu qui ne peut nous imposer des fardeaux mais veut nous pardonner, on en vient à relativiser l’importance de la loi morale. Une telle vision, avait dit un jour Jean-Paul II, vient d’une « maigre estime pour la loi de Dieu qu’on retient peu adaptée à chaque homme, à toute situation et à laquelle on désire substituer un ordre autre que le divin ». (1) Essayons donc de comprendre comment la loi n’est pas un fardeau imposé à l’homme par Dieu mais l’expression même de sa miséricorde.

Qu’est-ce que la loi ?

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique définit la loi morale comme « l’œuvre de la Sagesse divine. On peut la définir, au sens biblique, comme une instruction paternelle, une pédagogie de Dieu. Elle prescrit à l’homme les voies, les règles de conduite qui mènent vers la béatitude promise ; elle proscrit les chemins du mal qui détournent de Dieu et de son amour. Elle est à la fois ferme dans ses préceptes et aimable dans ses promesses ». (n° 1950) La loi vient de la Sagesse divine : la création n’est pas le fruit du hasard mais du projet sage et aimant de Dieu. L’homme lui-même a été créé selon un tel projet : il est fait pour le bonheur, qui est la participation au bonheur de Dieu. Cette participation au bonheur n’est cependant pas imposée à l’homme, mais laissée à son libre consentement : l’homme est appelé, de l’intérieur de son cœur, à suivre ce chemin de bonheur que Dieu lui propose. Ce chemin comporte des règles, des exigences, en un mot des lois que l’homme ne s’est pas fixées et qu’il lui faut suivre s’il veut parvenir au bonheur.

La loi morale n’est donc pas un rajout extérieur de la part de Dieu, mais l’expression des exigences internes au bonheur humain. Le commandement de ne pas mentir par exemple n’est pas une contrainte rajoutée par Dieu sur le mont Sinaï, lors du don des dix commandements, mais le rappel que la Sagesse divine a créé le cœur de l’homme pour la vérité, et que seule la vérité peut le mener au bonheur. Le rappel de la nécessité de sanctifier le jour du Seigneur, ce qui se traduit par l’obligation de participer à la messe dominicale, est un commandement qui découle de ce que nous avons été faits pour célébrer notre créateur régulièrement. L’interdiction de l’adultère est le rappel que c’est seulement dans la fidélité totale et sans retour que l’homme et la femme peuvent grandir dans le vrai bonheur.

La loi et la liberté

La loi n’est pas donc pas contraire à la liberté mais elle en est la condition réelle. En effet, la liberté n’est pas la capacité absolue de faire ce que l’on veut dans les limites de la liberté d’autrui, contrairement à l’idée majoritairement reçue et héritée de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Cette définition oublie en effet de préciser que l’homme a été créé par Dieu en vue du bonheur, en vue du bien, et que la liberté est au service du choix du vrai bien. Il vaut donc mieux définir la liberté comme la capacité d’initiative dans le bien, comme la possibilité de choisir de soi-même le bien pour lequel on est fait. Ainsi, choisir le bien revient en propre à l’homme et il n’est pas déterminé comme un robot : il est libre. Mais en même temps, ce qui constitue son vrai bien : ne pas mentir, sanctifier un jour dans la semaine, vivre la sexualité dans le mariage et la fidélité… sont des préceptes donnés par la sagesse de Dieu dans la création et l’homme n’est pas libre de choisir autre chose s’il veut être heureux.

On comprend comment la loi est au service de la liberté : elle rappelle à l’homme quel est le vrai bien, celui qui construit son bonheur. Ainsi comprise, la loi est la condition de la liberté car elle permet à l’homme de choisir librement le vrai bien. S’il est vrai que la loi apparait d’abord comme une contrainte allant contre nos attirances premières, c’est que ces attirances premières sont viciées par le péché originel. C’est le douloureux constat de saint Paul : « Je trouve donc une loi s’imposant à moi ; quand je veux faire le bien, le mal seul se présente à moi ». (Rm 7, 21) Nous pensons que la loi morale restreint notre liberté car notre liberté est douloureusement attirée loin du véritable bien qui seul nous obtient le bonheur. En nous rappelant le contenu de la loi morale, Dieu fait œuvre de père pédagogue. A la suite du Christ et selon son mandat, l’Eglise fait la même œuvre de miséricorde en rappelant les principes moraux et leurs applications. Ce fut le cas par exemple avec l’encyclique Humanae Vitae, quand Paul VI rappela avec force et fermeté, dans un climat pourtant très hostile, le lien nécessaire entre l’union sexuelle et l’ouverture à la vie et par conséquent l’impossibilité de tout moyen contraceptif. Loin de limiter les formes de la sexualité humaine, le pape en précisait les vraies lois, seules capables de construire l’amour entre les époux.

Idées fausses concernant la loi morale

Essayons maintenant de répondre à quelques objections souvent entendues.
- Insister autant sur les préceptes de la loi, surtout les plus difficiles à observer, n’est-ce pas tomber sous la critique du Christ lui-même : « A vous aussi, les légistes, malheur, parce que vous chargez les gens de fardeaux impossibles à porter et vous-mêmes ne touchez pas à ces fardeaux d’un seul de vos doigts » (Lc 11, 46). A cela il faut d’abord répondre que le Christ parlait de toutes les observances de la loi de Moïse, les 613 commandements, et non des dix commandements. Ensuite, il est un élément dont nous n’avons pas encore parlé jusqu’à présent, et qui est au cœur de la morale chrétienne : la grâce. Sans elle et la force qu’elle procure, oui, la loi est un fardeau impossible à porter. Mais le concile de Trente rappelait bien : « Dieu ne commande pas de choses impossibles, mais en commandant il t’invite à faire ce que tu peux et à demander ce que tu ne peux pas, et il t’aide pour que tu le puisses ». (2) La grâce est puissante pour rendre possible les choses les plus impossibles. Voilà pourquoi le rappel des exigences de la loi ne doit pas être fait sans mentionner en même temps la patience de Dieu, comme le rappelle le pape Paul VI : « Ne diminuer en rien la salutaire doctrine du Christ est une forme éminente de charité envers les âmes. Mais cela doit toujours être accompagné de la patience et de la bonté dont le Seigneur lui-même a donné l’exemple en traitant avec les hommes. Venu non pour juger, mais pour sauver, il fut intransigeant avec le mal, mais miséricordieux avec les personnes ». (3)

- Sous le nom de « loi de gradualité », certains auteurs se disant catholiques ont émis l’hypothèse que la loi ne serait qu’un idéal à viser, mais jamais une exigence ferme. Par conséquent, pour une personne qui cherche de tout son cœur à progresser, aller contre un commandement ne serait pas un péché. Cette explication présente l’avantage de maintenir l’importance de la loi morale sans paraitre trop dure, puisque les exigences de la loi s’adaptent au progrès de celui qui cherche à la suivre. Cette tentative d’explication méconnait cependant ce qui a été mentionné plus haut : la loi est le rappel des règles du bonheur de l’homme. Même si ces règles apparaissent dans un premier temps inaccessibles en raison de la fragilité humaine, ne pas les suivre est destructeur du vrai bonheur. Voilà pourquoi Jean-Paul II rappelait avec netteté, à propos des exigences de la loi morale dans le domaine de la sexualité : « Les époux ne peuvent toutefois considérer la loi comme un simple idéal à atteindre dans le futur, mais ils doivent la regarder comme un commandement du Christ Seigneur leur enjoignant de surmonter sérieusement les obstacles. C’est pourquoi ce qu’on appelle la "loi de gradualité" ou voie graduelle ne peut s’identifier à la "gradualité de la loi", comme s’il y avait, dans la loi divine, des degrés et des formes de préceptes différents selon les personnes et les situations diverses ». (4)
La véritable miséricorde ne consiste pas dans l’abaissement des exigences de la loi morale, mais dans la patience à accompagner ceux qui ont du mal à vivre toutes ces exigences, comme le dit bien le pape François : « Par conséquent, sans diminuer la valeur de l’idéal évangélique, il faut accompagner avec miséricorde et patience les étapes possibles de croissance des personnes qui se construisent jour après jour ». (5) Et il dit plus loin : « L’Évangile nous propose de corriger et d’aider à grandir une personne à partir de la reconnaissance du caractère objectivement mauvais de ses actions (cf. Mt 18, 15), mais sans émettre des jugements sur sa responsabilité et sur sa culpabilité (cf. Mt 7, 1 ; Lc 6, 37) ». (6)

- On reproche enfin à la loi morale de faire naitre le remords et de faire vivre l’homme dans la hantise du péché au lieu de lui présenter la beauté de l’amour de Dieu, ce qui serait contraire à l’esprit de l’Evangile. Il est évident que la vie chrétienne s’appuie sur la confiance et non sur la crainte, comme le dit saint Paul : « Aussi bien n’avez-vous pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père ! » (Rm 8, 15). Cependant, il existe une sainte crainte de Dieu qui nous pousse à avoir honte de notre péché afin de nous convertir. Le pape François, que l’on ne peut soupçonner du désir de cultiver la peur, dit : « La honte est une véritable vertu chrétienne et aussi humaine. La capacité d’avoir honte : […] Et avoir honte est une vertu de l’humble. […] Bienheureuse honte, celle-ci est une vertu. […] Que cette honte soit bénie, car elle est une vertu. Que le Seigneur nous donne cette grâce, ce courage d’aller toujours vers Lui avec la vérité, car la vérité est la lumière. Et pas avec les ténèbres des demi-vérités ou des mensonges devant Dieu ». (7)

En conclusion, rappelons que c’est toujours vers les saints que nous devons nous tourner pour mieux comprendre ce que Dieu veut nous révéler. Or l’expérience des saints nous apprend qu’ils ont toujours aimé la loi morale comme source de perfection, de joie et de bonheur profond. Si l’accueil des exigences de la loi morale est d’abord difficile en raison de notre nature blessée par le péché, nous sommes appelés à y voir l’expression de la miséricorde de Dieu. C’est par la loi que Dieu nous éduque et nous guide comme un Père aimant et patient

Abbé Jean-Raphaël Dubrule

(1) JEAN-PAUL II, « Discours au séminaire sur la procréation responsable », 17 septembre 1983, DC 1861 (1983), p. 971.
(2) Symboles et définitions de la foi catholique, Denzinger n° 1536.
(3) PAUL VI, Lettre encyclique Humanae Vitae n° 29.
(4) JEAN-PAUL II, Lettre apostolique Familiaris Consortio n° 34.
(5) PAPE FRANÇOIS, Exhortation apostolique Evangelium Gaudii n°42.
(6) Ibid., n° 172.
(7) PAPE FRANÇOIS, Méditation à la chapelle Ste Marte, 29 avril 2013.

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