L ors de son voyage en Algérie, Léon XIV, dans l’homélie prononcée à Annaba, a invité les chrétiens d’Algérie à rester un « signe humble et fidèle de l’amour du Christ », en les comparant à l’encens : « un grain incandescent qui diffuse son parfum parce qu’il rend gloire au Seigneur, et apporte joie et réconfort à beaucoup de frères et sœurs ».
De manière subtile, le Saint-Père corrige une vision erronée de la mission des chrétiens dans des pays où le christianisme est très minoritaire et même persécuté. Jusque-là, on parlait de la spiritualité du levain dans la pâte, mais en la rendant équivalente à une spiritualité de l’enfouissement total où toute dimension de témoignage explicite était enlevée. Ce qui comptait, c’était de vivre en chrétien dans un monde qui ne l’est pas, mais sans aucune nécessité de témoigner de la vie chrétienne.
Ce qui est vrai, c’est que toute la mission de l’Église doit procéder, à l’image de saint Charles de Foucauld, d’une charité ardente qui vient de l’union au Christ, vécue dans le secret du cœur et de la prière. Ce qui est aussi vrai c’est que la foi vient de ce qu’on entend (Rm 10, 17) et qu’il faut donc non seulement prier au milieu des non-chrétiens et déployer les œuvres de miséricorde, mais aussi témoigner visiblement de la foi au Christ.
L’appel à devenir des grains d’encens tient cet équilibre. On reste petit et humble, car un grain d’encens ne tient pas beaucoup de place dans l’univers. On est brûlant par la prière, car le grain d’encens, déposé sur le charbon, en devient ardent. On dégage la bonne odeur des œuvres de miséricorde et on indique le ciel, car le rayonnement du parfum de l’encens attire immanquablement.
Si l’annonce de l’Évangile est très délicate, notamment dans les pays où l’islam interdit toute conversion, cela ne peut réduire le souci d’annonce de l’Évangile en une simple coexistence plate, sans espoir d’amener au Christ. Notre prière est plus que jamais nécessaire pour soutenir la mission de l’Église dans ces pays.
Abbé Jean-Raphaël Dubrule +


